|
Panama est un l'isthme de 250 km de long sur 50 km de large. Ses pluies abondantes et torrentielles lui valent le surnom de « Panama la verte ». Le projet d’un canal creusé, reliant l'Atlantique à l’Océan Pacifique, date de Christophe Colomb. Ce long chenal devant relier ces deux grands océans pour permettre aux navires de ne plus affronter les mers déchaînées du Cap Horn. Sa construction fut un des projets les plus difficiles jamais entrepris. Son impact sur le commerce maritime fut et est toujours considérable puisque les navires ne contournent plus le cap Horn et le passage de Drake. Un bateau faisant route de New York vers San Francisco parcourt désormais 9 500 kilomètres au lieu des 22 500 kilomètres d’autrefois.
La liaison entre les deux océans se fit tout d'abord par les Espagnols qui construisirent une route et édifièrent la ville de Panama sur l'océan Pacifique. Par la suite, la traversée se fit en chemin de fer et la ville de Colon fut créée sur l'Atlantique. La construction du canal de Suez inspira Ferdinand de Lesseps mais la configuration n'était pas la même... Au lieu du désert, s’étendaient des forêts, des rivières et des lacs. Le climat tropical déguisait de graves maladies : paludisme, fièvre jaune et malaria.
La société française de construction du canal de Panama réalisa son projet en 1881. Suite aux difficultés financières rencontrées, elle suspendit ses travaux. On découvre alors qu'il s'agit d'une grande escroquerie. En 1889, la société de Ferdinand de Lesseps fut liquidée et le projet fut arrêté définitivement. L'opinion française jugera cette affaire comme le plus grand scandale politique et financier du siècle.
En 1903, Panama devint indépendante. Cette république fut proclamée et reconnue par les Etats-Unis. Un traité est alors rédigé dont les clauses louent et cèdent pour un franc symbolique, une zone de 1432 km² pour la construction d'un canal et son assainissement.
Dès 1904, les Américains démarrent les travaux de construction de ce canal. Ils évitent les erreurs des Français qui pensaient réaliser ce canal au niveau de la mer, malgré le lac Gatan. Une autre technique fut utilisée pour rattraper les dénivellations de 18 mètres. 6 écluses coupent ainsi le canal. Cet ouvrage gigantesque de 79,6 km de long sur de 16 km de large sera ouvert à la délégation en 1914.
La mise en chantier de ce canal exigea une main-d’œuvre très nombreuse pour manier la pioche et la pelle. Depuis 1901, la Guadeloupe subit de plein fouet les effets de la crise sucrière qui persiste. Les prix baissent et le sucre colonial ne se vend plus, au profit de la betterave.
C'est dans cette conjoncture difficile que la France s’allie avec les Américains pour recruter la main-d’œuvre Antillais Française à Panama. La nouvelle de ce recrutement pour travailler à Panama s'est vite propagée, particulièrement dans notre petite île, où la population nage dans la misère depuis trop longtemps.
Cette rumeur est confirmée par le son du tambour communal. Ce travail est une aubaine pour les Marie Galantais dont un vieil adage créole dit : travail râ con nègr a zi-é blé !
Qu’importent les embûches, le mauvais climat, les risques d'épidémie, le travail forcé ! C'est en grand nombre que les Antillais s’embarquent pour de nombreux mois afin de rejoindre la ville de Colon. L’assainissement fut tout d’abord réalisé par des militaires américains, condition recommandée par les pays fournisseurs de cette massive main-d'œuvre afin de préserver les épidémies et d’éliminer les moustiques.
Adieu foulard... Adieu Madras... Cette chanson de notre patrimoine culturel berçait les cœurs à l'occasion des grands départs. À cette époque, il n'y avait pas de moyens de communication et une missive parvenait à destination, après de longues semaines de transit. Toute chiffonnée, elle délivrait des nouvelles défraîchies et dépassées.
Ces travailleurs Antillais furent accueillis, puis installés dans les grandes baraques en bois avec salle de bains et communs. La tradition américaine fut respectée : les ouvriers blancs tout à fait à part des ouvriers de couleurs. Heureusement les salaires, les soins médicaux, la sécurité au travail furent les mêmes, sans distinction raciale. Ce travail pénible de forçat fut récompensé par une rémunération généreuse qui n'avait rien de comparable au salaire de misère payée en Guadeloupe !
La vie, relativement bon marché à Colon, permettait de réaliser des économies et de faire vivre sa famille ou ses parents. Les Américains avaient tout prévu, mettant à la disposition de ceux qui le désiraient, un service spécialisé pour expédier des réconforts aux parents éloignés. Pendant les week-ends, des magasins bien achalandés permettaient aux travailleurs de dépenser sans compter, ou presque. Ce long séjour à Panama créa des amitiés.
Beaucoup d’antillais s’étaient expatriés très jeune et avaient organisé leur vie dans cet État sud-américain où ils étaient considérés comme les vrais autochtones. Ceux-là ne rentrèrent jamais. Parmi les Marie-Galantais, certains n'ont pas demandé à être rapatrier après l'ouverture du canal. Ils ont obtenu des permis de séjour pour aller travailler à Porto Rico ou aux États-Unis. Plus particulièrement à Détroit, qui offrait d'énormes possibilités d'embauche dans les plus grandes usines de la construction automobile. Il y a, encore de nos jours, plusieurs descendants Marie Galantais de cette époque.
Depuis son ouverture, le canal remporte un franc succès. Il permet le passage de plus de 14 000 navires transportant plus de 203 millions de tonnes de cargaison.
Les écluses du canal de Panama sont la partie la plus extraordinaire de la technique. Toutes ces écluses vont par paires : deux séries parallèles d’écluses se trouvent sur chacun des trois sites. Elles autorisent le passage des navires simultanément dans les deux directions. Mais, les grands navires ne peuvent pas se croiser à grande vitesse ; le trafic est alterné et les deux voies des écluses ne sont utilisées que par une seule direction.
Après plus de 90 années d’existence, le canal de Panama connaît un grand succès.
|