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Origines et fabrication
Ce tissu à carreaux colorés est originaire des Indes, plus précisément
de la ville de Madras – on oublie d’ailleurs si souvent l’influence des
origines et de l’immigration indienne aux Caraïbes... Cette étoffe est
tissée artisanalement avec des fibres de bananier (d’où une odeur assez
spécifique).
A noter d’ailleurs la différence entre le madras aux coloris chatoyants tissés avec des fils retors venus d’Angleterre (dénommé Real Madras Hand Kerchief) et le « mouchoir » tissé avec des fils plats rouges, bleus foncés ou roses (croisement des fils rouges et blancs).Ce «mouchoir », avec ses couleurs beaucoup plus ternes, coûte deux fois moins cher que le madras. Pour le raviver, on utilise la technique du « calendrage » : les parties roses sont peintes avec un mélange de gomme arabique et de jaune de chrome.
Au fil des siècles, le coton remplace petit à petit les feuilles de bananier.
Le madras s’expatrie.
Les premières « indiennes » arrivent en France au 17ème siècle en provenance du Portugal. Elles rencontrent un succès toujours croissant avec leurs jolies tenues et le roi édicte donc en 1686 un arrêt interdisant leur fabrication et commerce pour ne pas concurrencer les textiles de tradition. Les « indiennes » sont envoyées dans les colonies.
Le madras fait donc son apparition dans le Nouveau Monde. Les femmes blanches s’en recouvrent la tête puis, au vu de l’essor incroyable de cette toile, apparaissent des ensembles : jupes et chemises.
Les esclaves et le madras.
Les premiers esclaves débarquent des cales entièrement nus. Ils sont revêtus par leurs maîtres de deux morceaux de tissus... L’église trouve ces tenues si indécentes qu’elle distribue des chemises « trois trous » : un pour la tête et deux pour les bras ! Sont ensuite rajoutés des « mouchoirs » comme ceinture autour de la taille et comme coiffe autour des cheveux. Un effort particulier est apporté le dimanche.
Les femmes créoles s’adaptent et les corsets s’abandonnent : la gaule s’impose (robe d’intérieur). Dès 1855, période de changement puisqu’elle marque l’abolition de l’esclavage, la « robe à corps » fait son apparition ainsi que les premiers magasins de mode aux Antilles.
Le madras et la coiffe.
N’oublions pas la coiffe traditionnelle créole qui se compose d’un mouchoir blanc pour les jeunes filles et d’un madras pour les femmes. Ce dernier est souvent tout prêt, moulé sur la tête (chaudière) et s’attache avec une barrette en or. A noter tout de même que chaque île a une manière bien à elle de nouer ce foulard ! Voici la signification cachée des pointes :
• Une pointe : cœur à prendre
• Deux pointes : déjà pris
• Trois pointes : femme mariée
Les bijoux.
La femme créole est assez coquette. Pour agrémenter leurs tenues, elles se parent de quelques bijoux. Au 17ème siècle, ces bijoux sont de corail, de grenat et d’or. Certains esclaves, des hommes, sont envoyés en France pour une formation, ils reviennent maîtres-orfèvre et peuvent, s’ils le souhaitent, acheter leur liberté.
Hommage au madras en chanson.
Vous connaissez tous la chanson, « Adieu foulard, adieu madras » datant de 1769 et qui serait attribuée à François Amour Marquis de Bouillé, Gouverneur de la Guadeloupe de 1769 à 1771, cousin du Marquis de la Fayette. En voici les paroles :
Adieu madras, adieu foulard
Adieu grains d’or, adieu collier-chou
Doudou an moin i ka pati
Hélas, hélas ! cé pou toujou !
Bonjou Missié le Gouvéneu,
Moin vini fait on ti pétition
Pou mandé ou autorisation
Laissé Doudou an moin ban moin.
Mademoiselle c’est bien trop ta
Doudou a ou ja embaqué
Batiment la ja su la boué
Bientôt i ke apareiller
Adieu madras, adieu foulard
Adieu grains d’or, adieu collier-chou
Doudou an moin i ka pati
Hélas, hélas ! cé pou toujou !
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