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La grande fête de l’adieu
La préparation du défunt
D’un passé pas si lointain, en métropole encore, les veillées mortuaires étaient de tradition. Elles ne sont plus de mise, désormais, que dans nos campagnes. En Guadeloupe et donc à Marie-Galante particulièrement, cette veillée est encore et toujours respectée. Je vous laisse entre’ouvrir un coin du voile pudique jeté sur cette coutume.
Comme pour de nombreux peuples, la disparition d’un proche est un déchirement : pleurs, chagrins, larmes qui nous enveloppent d’un sentiment profond de solitude. Ici comme ailleurs, la perte est ressentie avec beaucoup d’émotion. Autrefois, la commune entière s’endeuillait d’un profond respect. Marie-Galante est une toute petite île, tout le monde se connaît.
Jadis, la disparition d’un parent s’annonçait à l’aide d’une corne lambi (gros coquillage de nacre rose et blanche à 5 corolles). Le son rauque de la conque signifiait à tout le voisinage qu’il était temps de se rendre à la maison du mort. Parfois, la mort était annoncée par 3 personnes portant un plateau d’argent recouvert de verres et d’une carafe portant de l’eau. Les uns apportaient quelques bougies, du sucre, du café, des draps. Les autres aidaient. Même les enfants, à qui la vision du mort n’était pas épargnée.
Un buffet était préparé avec soin par les femmes afin de nourrir les amis, voisins et habitants du village présents pour la veillée. La maison était méticuleusement nettoyée. Des galeries en feuilles de bananiers étaient édifiées par les hommes pour protéger de la pluie si besoin était et des lampes étaient fabriquées pour accompagner la veillée.
Le mort était nettoyé précautionneusement avec des feuillages et de l’eau. Il était ensuite habillé de vêtements propres et parfois neufs. Un double cercueil l’attendait avec ses objets personnels. Le premier était de zinc, le second de bois. Cette précaution était prise pour des raisons d’hygiène à cause de la chaleur.
La veillée
La nuit envahissait la maison du défunt et plusieurs dizaines de bougies éclairaient les alentours. C’était l’heure de la grande fête. A l’intérieur, les femmes et les enfants priaient près du corps. Dehors, débutait la veillée faite de contes et légendes, de jeux et de devinettes. Souvent se mêlaient aux histoires du défunt, l’histoire des personnages locaux ("compé zamba" et "compé lapin"). S’ensuivait également un chant nommé " boulaguèl ", composé un rythme de Gwo Ka exécuté avec la bouche mais sans le tambour.
La vie du mort se racontait par anecdotes évoquant ses qualités ou défauts. La mémoire du défunt était donc vivante en chacun des invités. Ainsi que certaines histoires du pays ou des Antilles en général.
• Et cric ! lançait le conteur
• Et crac ! répondait l’assistance
• Et listicric !
• Et listicrac !
Le conteur demandait parfois : est-ce que la cour dort ? Et l’assemblée de répondre : non la cour ne dort pas !
Avec bon manger et bon boire, rire et pleurs, la veillée se terminait tôt le matin.
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L’enterrement
L’enterrement se déroulait le lendemain. Avec la chaleur, il est nullement question de laisser le corps à libre trop longtemps.
Une personne sillonnait le quartier afin d’annoncer : « i ka kouri biyé lenterman misié ou madanm X ». 3 niveaux de cérémonie religieuse : 1ère classe, seconde et 3ème classe pour les gens les plus modestes. Le cercueil était porté par des amis ou voisins, 4 à 6 hommes. Le cortège s’ouvrait par des hommes à cheval.
Les parents du défunt étaient raccompagnés chez eux et les amis se relayaient pour rendre quelques services et soulager ainsi la peine. Une véritable solidarité se créait.
Période de deuil
3 ans de deuil pour la perte de sa mère – 2 ans de deuil ferme (vêtement noir uniquement et à manches longues, pas de bijoux) et 1 an de demi-deuil (vêtement noir et blanc ou violet). 2 ans de deuil pour le décès de son père, 1 an pour un mari et les autres membres de la famille.
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